Les Nymphéas sont une série d'environ deux cent cinquante tableaux peints par Claude Monet entre la fin des années 1890 et sa mort en 1926. Tous représentent le bassin de nénuphars de son jardin de Giverny, en Normandie, observé à différentes heures du jour et en différentes saisons. Des toiles de chevalet aux immenses panneaux du musée de l'Orangerie, les Nymphéas de Monet forment l'une des séries les plus célèbres de l'histoire de la peinture, et l'œuvre à laquelle le peintre a consacré les trente dernières années de sa vie.
Monet s'installe à Giverny en 1883. Dix ans plus tard, il achète un terrain marécageux de l'autre côté de la route et obtient, malgré l'inquiétude des paysans voisins qui craignent pour leurs cultures, l'autorisation de détourner un bras de rivière pour y creuser un bassin. Il y plante des nénuphars colorés venus de la pépinière de Joseph Bory Latour-Marliac, dans le Lot-et-Garonne, qui avait fait sensation à l'Exposition universelle de 1889. Un jardinier est entièrement consacré au bassin et doit chaque matin nettoyer les feuilles pour qu'elles reflètent parfaitement le ciel.
Enjambé par un pont de bois peint en vert, à la manière des ponts que Monet admire dans les estampes ukiyo-e qu'il collectionne par centaines, le bassin devient son motif principal à partir de 1899. Les premières toiles montrent encore le pont, les saules et les rives. Peu à peu, Monet resserre son cadrage sur la surface de l'eau. Les nénuphars, les reflets des nuages et les ombres des arbres se confondent alors dans un même espace, sans horizon ni perspective, qui renouvelle profondément la peinture de paysage.
En 1909, la galerie Durand-Ruel expose quarante-huit toiles sous le titre Les Nymphéas, séries de paysages d'eau. Le succès est immense. Monet poursuit pourtant ses recherches, malgré les deuils qui le frappent, la mort de sa femme Alice en 1911 puis celle de son fils aîné Jean en 1914. Encouragé par son ami Georges Clemenceau, il se lance dans un projet démesuré. En 1915, il fait construire dans sa propriété un troisième atelier de plus de vingt mètres de long, pour y peindre des toiles de deux mètres de haut sur plusieurs mètres de large.
Sa touche se fait de plus en plus libre au fil des années, d'autant qu'une cataracte altère sa perception des couleurs. Dans les dernières toiles, les rouges et les jaunes l'emportent, et les formes se dissolvent dans de grands gestes de peinture. Né de l'impressionnisme, ce travail le dépasse largement et annonce l'art abstrait.
Au lendemain de l'armistice de 1918, Monet offre à l'État un ensemble de panneaux monumentaux en hommage à la paix. Installés au musée de l'Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort, ils occupent deux salles ovales éclairées par la lumière du jour. Près de cent mètres de toile y entourent le visiteur, qui se retrouve comme plongé au milieu du bassin, entre le matin et le soir.
Longtemps délaissées, ces salles sont redécouvertes dans les années 1950 par une nouvelle génération de peintres. André Masson les surnomme alors la chapelle Sixtine de l'impressionnisme. Les Nymphéas restent depuis l'une des plus belles expressions de la peinture florale.
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