Le soir du 26 mars 1952, Nicolas de Staël assiste au Parc des Princes à un match de football entre la France et la Suède, joué pour la première fois en nocturne. Les maillots colorés des joueurs, qui se détachent sur la pelouse éclairée par les projecteurs, le bouleversent. Il rentre à l'atelier et peint en quelques semaines une série de footballeurs, dont une immense toile de plus de trois mètres de large. Ce retour au motif fait scandale chez les défenseurs de l'abstraction pure, et marque un tournant dans son œuvre. Voir plus >
Le soir du 26 mars 1952, Nicolas de Staël assiste au Parc des Princes à un match de football entre la France et la Suède, joué pour la première fois en nocturne. Les maillots colorés des joueurs, qui se détachent sur la pelouse éclairée par les projecteurs, le bouleversent. Il rentre à l'atelier et peint en quelques semaines une série de footballeurs, dont une immense toile de plus de trois mètres de large. Ce retour au motif fait scandale chez les défenseurs de l'abstraction pure, et marque un tournant dans son œuvre.
Rien dans son enfance ne le destinait à la France. Né en 1914 à Saint-Pétersbourg dans une famille de la noblesse balte, le baron Nicolas Staël von Holstein fuit la Russie avec ses parents après la révolution. Orphelin à huit ans, il est recueilli par une famille de Bruxelles et entre à l'Académie royale des beaux-arts de la ville. Il voyage ensuite aux Pays-Bas, où il découvre Rembrandt et Vermeer, puis en Espagne et au Maroc, avant de s'installer à Paris.
Dans les années 1940, sa peinture devient abstraite. Staël travaille la couleur au couteau et à la spatule, en couches épaisses qui s'imbriquent comme des pavés ou des pierres de construction. Son amitié avec Georges Braque, l'un des pères du cubisme, le conforte dans cette recherche d'une peinture solidement bâtie. Ses compositions aux gris profonds et aux bruns sourds le placent alors parmi les figures majeures de l'art abstrait d'après-guerre en France.
À partir de 1952, les objets, les ateliers, les bouteilles et les paysages réapparaissent dans ses tableaux, toujours réduits à quelques masses colorées. Un voyage en Sicile, à l'été 1953, lui inspire ses célèbres vues d'Agrigente, où les collines et le ciel deviennent de larges bandes de jaune, de violet et de rouge. Installé ensuite en Provence, dans le village de Ménerbes, il peint des paysages du Vaucluse d'une grande intensité.
En 1954, il s'installe à Antibes, face à la mer. Sa matière s'allège, la peinture devient plus fluide, presque transparente, et les bateaux, les mouettes et les ports se résument à quelques traits sur des fonds clairs. Ces dernières marines comptent parmi ses œuvres les plus poétiques.
Son ultime tableau, Le Concert, est resté inachevé à sa mort en mars 1955. Sur près de six mètres de large, un piano noir et une contrebasse ocre se dressent sur un fond rouge vif. La toile est aujourd'hui exposée au musée Picasso d'Antibes, à quelques pas de l'atelier où il l'a peinte.
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